Assuétudes en (télé)travail : une réalité à prévenir
Publication 27 mai 2021

Assuétudes en (télé)travail : une réalité à prévenir

Vivre dans un climat de peur combiné aux lourdes contraintes qui nous sont imposées par la lutte contre la pandémie COVID-19 provoque auprès des Belges un niveau de stress et de mal-être important, qui peut engendrer ou intensifier des comportements à risques, comme une consommation excessive d’alcool. Un état qui peut se répercuter jusque dans le travail, qu’il se fasse depuis le domicile ou pas, et qui peut nécessiter de la part de l’employeur de mettre au point, d’évaluer et/ou d’adapter sa politique de prévention en la matière.

Quand peut-on parler d’assuétudes ?

On parle d’assuétude quand une personne ne parvient plus, de manière répétée, à contrôler sa consommation d’un produit tout en ayant conscience des conséquences graves au niveau social, familial, professionnel et/ou sanitaire. Il s’agit d’une dépendance qui remet en question son équilibre de vie et la met en danger. Ces substances ne se limitent pas aux drogues illicites. Il s’agit principalement de l’alcool, des médicaments psycho-actifs et du tabac. Certaines pratiques excessives (jeux vidéo, jeux d'argent, achats compulsifs, réseaux sociaux…) peuvent également devenir des assuétudes, mais ne sont pas directement concernées par la CCT 100.


Un problème d’assuétude ne se limite pas seulement à l’alcool.  Toutes consommations ou pratiques excessives qui vont induire des risques, ponctuels ou à long terme, sont en effet considérées comme problématiques. Ces risques dépendent de plusieurs facteurs : le type de consommation, la quantité consommée, la durée et la fréquence de la pratique, ainsi que le degré de dépendance de la personne. Les risques sont à la fois physiques (insomnie, nervosité, pertes de mémoire, pertes de conscience, maladies cardiaques (athérosclérose…), psychologiques (difficulté à se concentrer, angoisse, tristesse, stress, sautes d’humeur, pensées de suicide,…) et sociaux (problèmes financiers, professionnels et/ou familiaux, conflits, isolement,…). Cela dépasse donc largement le cadre du travail.

 

Employeurs, vous êtes concernés

Quand un travailleur est sous l’influence d’alcool ou de drogues sur son lieu de travail ou durant les heures de télétravail, cela peut avoir plusieurs conséquences à différents niveaux :

  • diminution de sa performance au travail (commet plus d’erreurs, temps de réaction augmenté, troubles de l’attention et de la coordination)
  • absentéisme plus important
  • risque accru d’accident du travail et sur le chemin du travail, tant au niveau de la fréquence que de la gravité
  • au niveau des équipes : risque de conflits, d’agressivité, de mauvaise intégration, problème d’organisation,…

En tant qu’employeur, vous devez être attentifs à ce genre de problématique car le code du bien-être demande que le travail soit effectué dans des conditions correctes, tant au niveau de la sécurité que de la santé du travailleur et des collègues. Bien entendu, le problème se pose si le travailleur consomme par exemple de l’alcool ou des drogues sur son lieu de travail mais aussi si les effets de ces substances se prolongent durant les heures de travail alors que la consommation a eu lieu en temps et contexte privé.

Il est préférable, dans l'entreprise, d'aborder les problèmes d'alcool ou de drogues d'un travailleur en interpellant l'intéressé sur la base de ses prestations de travail et de ses relations de travail (en l'espèce, son dysfonctionnement). Cela implique en outre qu'il est préférable que les problèmes de fonctionnement dus à la consommation d'alcool et de drogues soient traités comme tous les autres problèmes de fonctionnement, avec constats factuels écrits pour une plus grande efficacité.

La politique en matière d'alcool et de drogues suit donc deux axes :

  • d'une part, elle doit faire partie d'une politique intégrale en matière de santé et de sécurité
  • et, d'autre part, elle doit s'inscrire dans une politique globale du personnel : les collaborateurs sont interpellés sur leur fonctionnement, ce qui peut éventuellement aussi être formalisé dans des entretiens de fonctionnement, d'appréciation et d'évaluation.

C’est dans ce cadre que la CCT 100 a été conçue et demande à l’employeur de mettre en œuvre une politique préventive en matière d’alcool et de drogues dans l‘entreprise. Cette CCT ne concerne que les entreprises privées, mais les entreprises publiques peuvent bien sûr s’en inspirer.

 

Les 4 piliers1 de la politique préventive

La philosophie générale de cette politique est la prévention, le signalement rapide et la remédiation des problèmes de fonctionnement dus à l'alcool et aux drogues au travail.

  1. L'information et la prévention. Il est important que les managers et les travailleurs soient informés de la politique de prévention des assuétudes mise en place : quelles sont les règles et les procédures ? L’objectif est de pouvoir détecter à temps les situations problématiques afin de pouvoir y réagir de façon adéquate.
  2. La rédaction des règles pour le personnel relatives à la consommation d'alcool et de drogues, qui feront partie du règlement du travail. Ces règles donnent les limites claires à respecter pour éviter les problèmes de fonctionnement à la suite de ce type de consommation.
  3. L’élaboration de procédures à suivre quand un dysfonctionnement au travail ou un non-respect de ces règles est constaté. Qui constate ? De quelle manière ? Qui prévenir ? Quel suivi apporter ?
  4. L’assistance du travailleur ayant un problème d’assuétude. On peut faire appel selon les cas au conseiller en prévention-médecin du travail, au conseiller en prévention pour les aspects psychosociaux, à la personne de confiance, aux ressources humaines… Cette aide doit toujours être proposée avec la garantie de la confidentialité et du respect de la vie privée.

     

Evaluez et adaptez vos plans de prévention

Les problèmes d’assuétude, que ce soit au travail ou ailleurs, existent depuis toujours. L’être humain peut en effet transformer en drogue tout ce qui lui procure du plaisir ou apaise ses tensions, que ce soit l’alcool, le tabac ou toute autre substance. Bien que ces problèmes soient encadrés par des plans de prévention, il est toutefois important de les réévaluer dans ce contexte de pandémie inédit qui a induit deux changements importants pour le travailleur.

  • Le stress
    Les travailleurs sont confrontés à un stress environnemental et sociétal bien plus important qu’en temps normal, et certains secteurs (comme celui de la santé) ont été plus impactés encore que d’autres. Afin de tenter de diminuer leur stress, les individus auront alors tendance à adopter différentes stratégies de coping, certaines très saines et d’autres beaucoup moins... Il faut donc s’attendre à une propension plus importante à consommer des substances psychoactives pour calmer les angoisses, tenter de favoriser le sommeil ou de simplement tenir le coup. Le nombre de travailleurs concernés par ce type de problématique risque d’augmenter.
     

  • Le télétravail
    Le télétravail obligatoire à temps plein pour tous les « emplois de bureau » pourrait avoir un impact très important, surtout quand il est combiné avec d’autres mesures gouvernementales strictes (enfants restant à la maison, plus de possibilité de voir ses amis, plus de sorties culturelles ou festives,…). La combinaison de ces différents éléments non seulement augmentera chez certains le sentiment d’isolement, de « déshumanisation », mais les règles concernant les assuétudes au sein de l’entreprise peuvent ne plus être respectées. Certains télétravailleurs risquent en effet de commencer à prendre de l’alcool, des médicaments ou toute autre substance psychoactive chez lui durant leurs heures travail, ce qui n’aurait pas été possible auparavant.

Au vu de ces deux changements majeurs qui augmentent les risques d’assuétudes, il est important d’évaluer et adapter le plan de prévention mis en place, ou d’en créer un si ce n’est pas déjà le cas.

 

En quoi Cohezio peut-il vous aider ?

Cohezio, et principalement via le médecin du travail ou le conseiller en prévention pour les aspects psychosociaux, peut vous soutenir dans la prévention des assuétudes, et ce de plusieurs manières possibles.

  • Vous conseiller dans la gestion de cette problématique en fonction de la spécificité de votre entreprise. Une fiche de conseils généraux est à votre disposition.
  • Analyser les risques psychosociaux. Collaborer à la mise en place d’une politique de prévention des assuétudes en entreprise, à son évaluation et/ou à son adaptation.
  • Former la ligne hiérarchique, les ressources humaines, les personnes de confiance, le personnel… à une politique préventive mise en place.
  • Ecouter et accompagner les travailleurs en souffrance.
  • Coacher et accompagner les managers en difficulté par rapport à la gestion de ces problématiques sur le terrain.

N’hésitez donc pas à faire appel à nos services !

Catherine JADOUL,
Psychologue
Manager du département psychosocial de Cohezio

Virginie DI GIAMBERARDINO,
Conseillère en Prévention pour les aspects psychosociaux