Comment éviter la contamination par aérosol ?
Publication 25 novembre 2020

Comment éviter la contamination par aérosol ?

Qu’est-ce qu’un aérosol ? Quelle en est l’importance ?

La transmission du virus peut se faire selon les différentes manières suivantes :

  • Le contact indirect : après avoir touché des objets contaminés, le virus se retrouve sur les mains que l’on porte ensuite à la bouche, au nez ou aux yeux.
  • Le contact direct : contamination directe par poignée de mains, embrassade, câlins, …
  • Les gouttelettes > 5 à 10 micromètres : ces gouttelettes sont expulsées en toussant, en éternuant, en parlant à voix basse, … Elles retombent très rapidement (au bout de quelques secondes) et ne peuvent pas parcourir de distances supérieures à 1,5 mètre. Garder ses distances constitue une mesure importante pour éviter la contamination par cette voie. Mais en présence de courants d’air (faire la file à l’extérieur, ou à l’intérieur sous l’effet de ventilateurs, …), ces gouttelettes peuvent franchir des distances supérieures à 1,5 mètre avant de se déposer. On peut comparer ces gouttelettes à des confettis. Cette voie de contamination est toujours considérée par de nombreuses instances comme le mode de contamination le plus important.
  • Les micro-gouttelettes < 5 micromètres (aérosols) : ces micro-gouttelettes sont expulsées en parlant (fort), en éternuant, ainsi qu’éventuellement lors de la pratique intensive d’un sport, … Les aérosols ne retombent pas rapidement et peuvent flotter pendant des heures. Les aérosols peuvent parcourir des distances supérieures à 1,5 mètre. Les micro-gouttelettes peuvent également être transportées par les courants d’air, retombent lentement, et peuvent donc être transportées par les conduits de ventilation. Contrairement à certaines bactéries ou moisissures, le virus ne peut toutefois pas se multiplier (se développer) dans les conduits de ventilation. Les aérosols sont comparables au pollen.

Il semble de plus en plus évident que la contamination par aérosols représente également une voie de contamination très importante. Les aérosols peuvent en effet franchir des distances importantes.


Comment se forme un aérosol ?

Un aérosol se forme par la salive et le mucus contaminés présents sur les cordes vocales. C’est surtout lorsque l’on parle et chante (fort) que les cordes vocales vont se mettre à vibrer intensément. Des courants d’air rapides passeront alors le long des cordes vocales, ce qui pourra entraîner l’atomisation de gouttelettes. Plus la vibration des cordes vocales sera intense et plus la quantité de gouttelettes atomisées (aérosol) sera importante. Les courants d’air rapides qui transforment les gouttelettes en micro-gouttelettes sont particulièrement importants lors des éternuements et, éventuellement, lors d’une respiration profonde pendant le sport. Les aérosols peuvent également se former et se diffuser par l’action des sèche-mains électriques, et éventuellement par l’actionnement de la chasse d’eau des toilettes. La formation d’aérosols n’est pas non plus totalement exclue lorsque l’on parle et respire normalement.

Illustration 1 : formation de micro-gouttelettes sur les cordes vocales, comme lorsque l’on chante par exemple
(Loudon RG et Am Rev Respir Dis. 1968 Aug;98(2):297-300)

Heureusement, les micro-gouttelettes et le virus en lui-même sont inactivés ou se désintègrent sous l’effet de l’évaporation, du vent et des surfaces absorbantes qui affectent les micro-gouttelettes ou le virus en lui-même.


Comment éviter la contamination par aérosol ?

Plus la concentration d’aérosols est élevée et plus le risque de contamination par aérosol est important. Il faut donc maintenir la concentration d’aérosols à un niveau le plus bas possible. Quelques pistes pour y parvenir :

  • Porter un masque
  • Maintenir l’occupation des locaux au niveau le plus bas possible (télétravail, vidéoconférences)
  • Utiliser des locaux les plus grands possible, faire éventuellement des réunions en extérieur
  • Maintenir une distance supérieure à 1,5 mètre. Garder ses distances reste primordial, même dans le cadre de la prévention de la contamination par aérosol. Une personne contagieuse ne diffusera en effet pas seulement des aérosols mais émettra aussi des gouttelettes de taille plus importante. Plus on est proche de la personne contagieuse et plus on sera exposé aux aérosols.
  • Points d’attention spécifiques aux installations sanitaires :
    • Par sécurité, toujours fermer l’abattant des toilettes avant de tirer la chasse
    • Remplacer les sèche-mains électriques par des distributeurs de serviettes en papier
  • Ventiler et aérer dans le but – par ordre de priorité – de :
    • réduire la concentration du virus dans les locaux
    • limiter la vitesse de l’air (concentration) au niveau de la zone de respiration des travailleurs.

 

Ventiler et aérer

  • Il ne suffit donc pas de ventiler / d’aérer, il faut également appliquer les autres mesures.
  • Aérer signifie : ouvrir en grand les fenêtres et les portes qui sont en contact avec l’air extérieur pendant une certaine durée. Dans les salles de réunion, il est recommandé d’aérer le plus souvent possible et au moins 5 minutes avant et après chaque réunion.
  • En ventilant, l’air est renouvelé en permanence de manière artificielle (mécanique) ou naturelle (par les fenêtres), ce qui permet à l’air intérieur vicié de s’évacuer vers l’extérieur et d’être remplacé par de l’air extérieur moins pollué. Pour éviter la transmission du coronavirus, une bonne ventilation est plus efficace que l’aération car la ventilation permet de maintenir la concentration d’aérosols en permanence à un niveau le plus bas possible.

 

Ventiler : en quelle quantité ?

Le degré de ventilation nécessaire pour réduire la concentration d’aérosols dépend de plusieurs facteurs :

  • D’un point de vue légal : la législation prévoit un débit minimal de ventilation de 40 m3 par heure et par travailleur*. On peut déduire le débit de ventilation à partir du dossier technique relatif à l’installation.
  • La concentration de CO2 doit être maintenue à un niveau le plus bas possible (< 900ppm*) afin d’éviter les problèmes physiques (troubles de la de concentration, maux de tête, …). L’obligation du port du masque ne modifie d’ailleurs en rien ces valeurs limites légales.
  • Il est recommandé de mesurer la concentration en CO2 sur une période suffisamment longue. Pendant l’utilisation du local, cette mesure permettra de voir de manière simple et objective si le local est suffisamment ventilé par rapport au degré d’occupation du moment.
  • Le nombre de personnes présentes dans le local. Il est malheureusement un fait que toute personne peut être contaminée et peut devenir un transmetteur potentiel du virus pendant un certain laps de temps. Chaque travailleur est également une ‘usine’ à CO2 : nous inspirons de l’oxygène et expirons du CO2.
  • L’activité exercée dans le local. En France, un débit de 45 m3 par heure et par travailleur est ainsi préconisé dans les locaux où il y a une activité physique légère impliquant une production de CO2 plus importante que pour un travail de bureau. En cas de travail physique encore plus lourd, un débit de 60 m3 par heure est même recommandé.
  • En outre, il faut également tenir compte des dispositions du Code du bien-être au travail, Livre V, Titre 1er relatif aux ambiances thermiques.

 

Comment ventiler naturellement de manière fréquente ?

  • Concrètement, il faut donc régler la ventilation mécanique sur le niveau le plus élevé et aérer naturellement le plus souvent possible, 5 minutes toutes les heures par exemple.
  • Directives complémentaires relatives à la ventilation naturelle
    • Plus la fréquence de ventilation est élevée et mieux c’est. Il est préférable de ventiler toutes les heures plutôt que de ventiler uniquement pendant la pause de midi !
    • Plus la ventilation mécanique sera efficace et moins la durée nécessaire de ventilation sera élevée.
    • L’emplacement des fenêtres : des fenêtres situées sur les côtés opposés du local permettront une aération plus importante.
  • Il est recommandé d’ouvrir une fenêtre et une porte du côté opposé : cela peut permettre d’avoir une aération jusqu’à 10 fois plus importante qu’en ouvrant uniquement une fenêtre d’un seul côté, pour autant que le couloir soit également aéré et que la fenêtre et la porte ne soient pas trop distantes l’une de l’autre.
  • L’ouverture de la fenêtre (en oscillo-battant ou grande ouverte, …) : la ventilation est proportionnelle au degré d’ouverture. Une fenêtre à moitié ouverte permettra d’avoir un débit de ventilation de 50% par rapport au débit de ventilation d’une fenêtre grande ouverte.
  • Certains bâtiments disposent de systèmes de ventilation très performants, rendant l’ouverture des fenêtres contre-indiquée. Le bâtiment peut également se trouver dans une zone où la pollution de l’air est très importante, ou il peut s’agir d’un bâtiment très haut, et de ce fait, l’ouverture des fenêtres sera également contre-indiquée.

Illustration 2 : renouvellements d’air typiques par heure dans différentes situations (source : Conseil Supérieur de la Santé, n° 9599, mai 2020), et durée typique nécessaire pour éliminer 90% des éventuels aérosols. Les durées dépendent du volume du local.


Le port du masque permet de diminuer les émissions d’aérosols et de réduire ainsi le risque de contamination par aérosol. Le masque est donc tout indiqué durant la plus grande partie possible du temps de travail. Même en gardant ses distances, en particulier lors de discussions au coin café, au réfectoire, etc. la formation d’aérosols est possible. Le masque ne peut être enlevé que pour manger et boire.

Dr Mathieu VERSEE,
Médecin du travail et Directeur scientifique
mathieu.versee@cohezio.be

 

* Règles légales en matière de concentration en CO2 et de ventilation (articles III.1-34 à III.1-36 du Code du bien-être au travail) : 900 ppm de CO2 pendant 95 % de la durée, calculé sur une durée maximale de 8 heures, ou un débit de ventilation de 40 m3 par heure et par personne. Il existe une obligation complémentaire de réalisation d’une analyse des risques pour toutes les sources de pollution de la qualité de l’air intérieur, pas uniquement pour le CO2. Il existe par ailleurs des valeurs limites alternatives exceptionnelles – uniquement en cas d’élimination de toutes les sources de pollution autres que l’homme, et d’avis du CPPT et du conseiller en prévention – de 1200 ppm de CO2 ou un débit de ventilation de seulement 25 m3 par heure et par personne.
 

Sources

  • Avis n° 9599 du Conseil Supérieur de la Santé, mai 2020
  • WHO, Considerations for quarantine of contacts of COVID-19 cases, Interim guidance, 19 August 2020
  • INRS, Focus – Covid-19 : ventilation, chauffage, climatisation, 12/10/2020
  • Haut Conseil de la santé publique (France), avis relatif à l’utilisation des appareils de chauffage dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, 14/10/2020
  • Sciensano COVID-19 fact sheet, 21/09/2020
  • Ventilatierichtlijnen Vlaams Onderwijs, 23/10/2020