Vacciné ou non-vacciné : quelques conseils pour gérer cette potentielle source de tensions au travail
Publication 27 septembre 2021

Vacciné ou non-vacciné : quelques conseils pour gérer cette potentielle source de tensions au travail

La COVID a bouleversé nos vies, et est devenue un sujet récurrent abordé non seulement dans les médias, mais aussi dans nos conversations quotidiennes. Parler de la COVID, et particulièrement du choix de la vaccination, peut toutefois susciter des tensions, voire des conflits, dans la sphère privée mais également dans le monde du travail. Comme de plus en plus de travailleurs reviennent sur leur lieu de travail, les échanges informels se multiplient également (et c’est souhaitable). Le risque de tensions sur ce sujet délicat augmente dès lors.
Comment comprendre ces tensions ? Comment les éviter et les gérer ? Il ne s’agit pas ici d’ouvrir un débat sur les différents arguments pour ou contre la vaccination, mais d’aborder l’aspect relationnel au sein des entreprises.

Quelle est la situation actuelle au niveau de la vaccination contre la COVID?

A l’heure actuelle, la vaccination contre la COVID n’est pas obligatoire mais fortement encouragée, tant par le milieu médical (et donc Cohezio en tant que SEPP), que par les politiques et les médias. En date du 15 septembre, la couverture vaccinale pour la population belge de plus de 18 ans est de 84,27% (avec 2 doses). Bien que la  situation épidémique se soit stabilisée au niveau du nombre des contaminations et des hospitalisations, il est nécessaire de rester vigilant1 En effet, on constate qu’à Bruxelles et à Liège, les contaminations reprennent et que la situation épidémiologique doit être surveillée en permanence. Ce n’est en tout cas pas la situation concrète de l’épidémie COVID qui génère directement ces tensions.

Légalement, les employeurs ne peuvent  pas demander si les travailleurs sont ou pas vaccinés contre la COVID, ni en faire une condition pour un engagement ou le maintien de l’emploi. Ils ne peuvent pas non plus connaître le pourcentage des travailleurs vaccinés au sein de leur entreprise, même de manière anonyme. Le gouvernement envisage de donner accès à ces données uniquement aux SEPP.

Pourquoi ces tensions ?

Ces tensions ont évidemment plusieurs causes, que nous n’allons pas toutes développer en détail. Nous choisissons ici de pointer plusieurs éléments qui permettent de mieux les comprendre.

  • L’émotion 

Parler vaccin, c’est parler de sa santé, de son choix personnel. La simple question « es-tu vacciné ? » peut déjà en soi être perçue comme une atteinte à sa vie privée. Tout le monde a en effet une expérience très personnelle de la maladie liée à ce virus. Le fait d’avoir ou pas connu de près cette maladie (via des proches, ou par soi-même) change la vision et le niveau de peur par rapport à ce virus. Plus l’expérience a été douloureuse, plus la peur de perdre un proche est grande, plus la vaccination devient cruciale pour la personne et peut provoquer un ressentiment par rapport à ceux qui choisissent de ne pas le faire.

  • Les valeurs 

La motivation de se faire vacciner (ou pas) est également liée aux valeurs de chaque personne. Pour certains en effet, se faire vacciner est un acte d’altruisme. Cela a d’ailleurs été présenté comme tel afin d’accéder à une immunité collective. Ceux qui ne se vaccinent pas peuvent alors être considérés comme des égoïstes, des irresponsables, voire des coupables de la propagation. Pour ceux qui se sont vaccinés pour maintenir leur liberté (de voyager, de participer à des événements,…), il est plus facile de comprendre ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner.

  • La cognition 

Les contraintes mises en place (maintien des mesures de prévention, port du masque, COVID safe ticket à Bruxelles et bientôt en Wallonie,…) finissent par être ressenties comme injustes de part et d’autre. Finalement, la difficulté est l’accès à l’information et à la compréhension. Aujourd’hui, une majorité de la population a un avis sur cette crise sanitaire sans forcément avoir les compétences requises pour le faire. Or, reconnaitre son incompétence ne serait-il pas le meilleur moyen de se comprendre entre nous… ?.

Comment réagir au sein des entreprises ?

Avant toute chose, il est important d’accepter que tout le monde ne souhaite pas aborder ce sujet personnel. Si on vous interpelle à ce sujet, vous pouvez simplement répondre que vous préférez ne pas en parler. Le fait d’être ou non vacciné relève du secret médical. Si vous entretenez des rapports cordiaux, rien ne vous empêche de parler de votre propre situation. Mais les questions directes sont, par prudence, à éviter.

Il ne s’agit pas non plus de vouloir dissuader ou convaincre qui que ce soit par rapport à la vaccination, car cela reste encore et toujours un choix personnel. Il est important de ne pas mettre la pression.

Si l’on demande le statut vaccinal de ses collègues, c’est souvent pour se rassurer, pour se sentir en sécurité sur son lieu de travail avec ses collègues. Or, il est acquis que si la vaccination diminue le risque de propagation, elle ne protège pas complètement contre cette propagation. Le respect des mesures sanitaires de précaution reste totalement d’application, afin d’éviter tant que faire se peut  la non-propagation. Si des relâchements sont constatés à ce niveau-là, il est important que la ligne hiérarchique intervienne (voir notre fiche Que faire quand les consignes de sécurité ne sont pas respectées ?).

En matière de vaccination contre la COVID, la neutralité semble difficile. Tout le monde est encouragé à prendre position. Les employeurs peuvent bien entendu encourager à la vaccination via des informations sur ce sujet, de manière collective. La prudence s’impose par contre au niveau des relations individuelles, et surtout de la part des managers.

Conclusion

« Juger c’est ne pas comprendre, car si l’on comprenait on ne pourrait pas juger » disait André Malraux. Cela résume assez bien le problème de tensions entre vaccinés et non-vaccinés. On juge un comportement quand on ne le comprend pas…

Ce qui permet de dépasser les tensions, ce sont les valeurs et les objectifs communs, ce que nous partageons au-delà de nos différences. Il est donc utile de les rappeler en ce moment, de faire vivre les valeurs de l’entreprise, et de préciser les objectifs et missions de chacun au sein de l’organisation, d’encourager et féliciter leur investissement, la participation de chacun. L’enjeu est de ne pas accentuer dans le milieu du travail les fractures qui se font déjà suffisamment sentir au niveau sociétal…  

Catherine Jadoul,
Manager département psychosocial

en collaboration avec Nicolas Farrauto,
Manager psychosocial Liège

1. cf Sciensano