20 février 2026
Ne pas aimer son travail est une chose. Mais ressentir une peur profonde et incontrôlable à l’idée d’y retourner en est une autre. L’ergophobie est une réalité qui mérite toute notre attention.
Ces dernières années, le monde du travail a vu émerger une multitude de troubles et de souffrances psychologiques illustrés notamment par le burnout, le brown-out ou encore le bore-out. Autant de manifestations qui traduisent des formes variées d’épuisement, de perte de sens ou d’ennui pathologique, et qui révèlent la complexité croissante du rapport que l’individu entretien avec son travail. Ces phénomènes, désormais mieux identifiés et plus visibles au sein des organisations, témoignent d’une réalité où les conditions de travail, les évolutions organisationnelles ou encore l’intensification des contraintes fragilisent l’équilibre psychologique des travailleurs et redéfinissent en profondeur leur rapport au travail.
Parmi ces manifestons, l’ergophobie, ou la peur pathologique du travail, occupe une place particulière. Cette phobie est rare et méconnue. Cependant la visibilité accrue des risques psychosociaux au travail créent un terrain propice à sa reconnaissance. Il est dès lors pertinent de mettre en lumière cette réalité restée longtemps silencieuse.
On parle d’ergophobie lorsque la simple perspective d’aller travailler devient douloureuse, provoquant un profond sentiment d’insécurité et une appréhension intense. Elle peut se manifester à travers des symptômes physiques (palpitations, transpiration, vertiges, nausées), des signes psychologiques (angoisse, crises de panique, ruminations constantes, pensées obsessives en lien avec le travail) ainsi que des comportements d’évitement (absentéisme, retards, non réponses, isolement, incapacité à revenir au travail).
L’ergophobie peut émerger à la suite d’une expérience professionnelle éprouvante, comme un harcèlement, un conflit prolongé, ou toute situation qui a mis la personne en état de forte vulnérabilité. Ces événements peuvent fragiliser durablement le rapport au travail et créer un terrain propice à l’apparition d’une peur intense à l’idée d’y retourner.
Cette peur du travail, à la fois intense, fréquente et durable, entraîne des répercussions majeures, tant sur la vie professionnelle que sur l’équilibre personnel de la personne concernée.
Si vous avez l’impression de vous reconnaître en lisant ces lignes, nous vous recommandons de prendre un temps d’arrêt et d’analyser ce qui se joue réellement. Dans la majorité des cas, ce n’est pas le travail en tant que tel qui pose problème, mais bien une situation de travail devenue source de souffrance. Celle-ci peut être liée à l’organisation, au contenu de la fonction, aux conditions dans lesquelles le travail est réalisé, à l’environnement professionnel ou encore à la qualité des relations interpersonnelles.
Plus la prise de conscience survient tôt, plus il est possible d’agir pour traiter et dépasser cette peur. À l’inverse, si l’ergophobie s’installe dans la durée, le risque est d’aboutir à un arrêt de travail. Or, cet éloignement du milieu professionnel peut créer un cercle vicieux, car plus la distance avec le travail persiste, plus la peur d’y retourner se renforce.
Pour finir, il est essentiel de rappeler qu’il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Que vous en parliez à une personne de confiance, à votre médecin traitant, à un professionnel de la santé mental (psychologue ou psychiatre) ou encore à la médecine du travail, l’important est de ne pas rester seul face à cette souffrance et de vous offrir la possibilité d’être réellement accompagné.
Article écrit en collaboration avec Odile Sanglier, Principal Expert Psychosocial Risk Manager Cohezio.