12 October 2026
Une chaise bien réglée, un écran à la bonne hauteur, un dos ménagé. Voilà à quoi l’on réduit souvent l’ergonomie. À l’occasion du Mois de l’ergonomie, voyons pourquoi elle concerne en réalité toute la façon dont le travail est conçu, organisé et réalisé.
Quand on parle d’ergonomie au travail, on pense d’abord au poste de travail sur écran et à la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS), ces douleurs qui touchent les muscles, les tendons et les articulations. Ces sujets sont importants. Mais l’ergonomie va bien plus loin, et cela vaut pour tous les secteurs d’activité.
Depuis 2024, le code du bien-être au travail donne une définition claire de l’ergonomie au travail. C’est une approche qui vise à adapter le travail à l’humain, y compris le poste de travail et l’environnement de travail. Elle tient compte des caractéristiques physiques, mentales, psychiques et sociales de la personne. Et elle doit être appliquée dans tous les domaines du bien-être au travail (article I.1-4, 31° du code).
L’ergonome intervient aussi lorsqu’un travailleur est en situation de handicap ou ne peut plus effectuer certaines tâches, ou lorsqu’une entreprise introduit de nouveaux équipements ou de nouvelles technologies.
Le but n’est donc pas seulement de « protéger le dos » ou de « bien s’asseoir ». Il s’agit de concevoir des situations de travail qui permettent à chacun de réaliser son activité dans de bonnes conditions.
Le mot vient du grec ancien ergon (« travail ») et nomos (« règles »). La discipline prend son essor pendant la Seconde Guerre mondiale. L’aviation et les technologies militaires progressent vite, mais un problème apparaît : certaines machines sont performantes sur le plan technique, sans tenir suffisamment compte des capacités et des limites humaines. Des psychologues, des physiologistes et des ingénieurs commencent alors à adapter les systèmes à l’humain.
Le terme ergonomics s’impose au Royaume-Uni en 1949. En 2000, l’International Ergonomics Association (IEA) en fait à la fois une discipline scientifique, qui étudie les interactions entre les êtres humains et les autres composantes d’un système, et une profession, qui cherche à optimiser le bien-être des personnes et la performance globale des systèmes.
Les TMS restent un enjeu majeur de santé au travail. Port de charges, gestes répétitifs, postures contraignantes, efforts, vibrations ou manque de récupération peuvent contribuer à leur apparition.
Prenons une posture contraignante. Elle peut venir d’un équipement mal conçu. Mais elle peut aussi s’expliquer par un manque d’espace, une cadence imposée, des flux mal organisés, un outil difficile à utiliser ou la nécessité de compenser un dysfonctionnement.
Corriger la posture sans s’intéresser à ce qui la provoque, c’est risquer de traiter le symptôme plutôt que la situation de travail dans son ensemble.
Une grande partie du travail réel ne figure pas forcément dans les procédures ou les fiches de poste. Chaque jour, les travailleurs trouvent des solutions pour faire face aux imprévus, aux variations de charge, aux équipements imparfaits ou aux contraintes de production. Ils réorganisent une tâche, anticipent un problème, utilisent un outil autrement, s’entraident entre collègues.
Ce travail invisible permet souvent à l’activité de fonctionner. C’est aussi une source précieuse d’informations. Qui n’observe que le travail tel qu’il est prescrit risque de passer à côté de certaines difficultés, mais aussi des nombreuses ressources que les travailleurs ont développées.
L’ergonomie n’est pas qu’une démarche de prévention. Une situation de travail mal conçue peut entraîner de la fatigue, des erreurs, des incidents, des pertes de temps, des difficultés de communication, de l’absentéisme, une rotation du personnel plus élevée ou une baisse de qualité. À l’inverse, une situation mieux conçue facilite l’activité et rend le travail plus fiable et plus efficace.
C’est pourquoi l’ergonomie a sa place dans des projets très variés : la conception d’un bâtiment, l’implantation d’une ligne de production, le choix d’un équipement, une transformation numérique, la réorganisation d’un service, la conception d’un logiciel ou l’aménagement d’un espace d’accueil.
Attendre qu’un poste provoque des douleurs ou qu’un logiciel génère des erreurs à répétition, c’est intervenir tard. L’une des forces de l’ergonomie est justement de pouvoir agir en amont.
Acheter une machine, aménager un espace, modifier des horaires, déployer un outil informatique : chacun de ces choix a des conséquences sur le travail. Intégrer l’ergonomie dès la conception permet de tenir compte des utilisateurs et des situations futures avant que les décisions ne soient définitives. Pour les postes de travail, le code le prévoit d’ailleurs : l’employeur doit tenir compte de l’ergonomie dès leur conception et leur aménagement, ainsi que lors de leur adaptation (article VIII.1-1, § 1er du code).
Cette anticipation compte d’autant plus que le travail change vite. Automatisation, intelligence artificielle, outils numériques, objets connectés, robotisation, nouvelles formes d’organisation : ces évolutions offrent de nombreuses opportunités. Elles peuvent aussi modifier les compétences requises, la charge mentale, la coopération, l’autonomie des travailleurs ou le sens donné au travail. L’ergonomie aide à faire en sorte que la technologie reste au service du travail et des personnes qui le réalisent.
Parler d’ergonomie, c’est donc avant tout parler de travail. Comprendre comment il se fait réellement, repérer ce qui met les personnes en difficulté et chercher des solutions avec les acteurs concernés. De quoi rendre les situations de travail plus sûres, plus efficaces et mieux adaptées aux personnes.
Vous aménagez des espaces de travail, transformez une activité ou introduisez de nouvelles technologies ? Les ergonomes de Cohezio vous accompagnent pour développer des solutions adaptées aux réalités du terrain, aux besoins des travailleurs et aux objectifs de votre entreprise. Ils vous aident aussi à répondre à vos obligations légales.
Chez băo academy, notre centre de coaching et de formation, vous trouverez une large gamme de formations et de services de coaching consacrés à l’ergonomie au travail.
Marie Koziol
Principal Expert Technical Risk Management