back-arrow 28 September 2026

Les exosquelettes, effet de mode ou réelle aide contre les TMS ?

De plus en plus d’entreprises utilisent des exosquelettes pour réduire les douleurs de dos et d’épaules. IKEA en a déjà équipé plus de 130 magasins dans le monde. Mais des recherches scientifiques récentes montrent qu’un exosquelette ne supprime pas tous les risques, et qu’il peut même en créer de nouveaux.

Vous soulevez des charges toute la journée, vous vous penchez des centaines de fois ou vous gardez les bras levés pendant de longues périodes. De plus en plus d’employeurs cherchent une réponse technologique à cette charge physique : l’exosquelette. Il s’agit d’une structure externe que l’on porte comme un sac à dos ou un harnais, et qui reprend une partie de l’effort musculaire lors du levage, de la flexion ou de la préhension. La logistique, la construction et le secteur des soins l’adoptent de plus en plus.

Les effets néfastes de cette charge physique portent un nom : les troubles musculosquelettiques, ou TMS. Des douleurs au dos, à la nuque et aux épaules qui apparaissent à la suite d’un travail physique lourd, répétitif ou prolongé. Depuis la nouvelle législation de 2024, les employeurs doivent analyser ces risques de manière systématique, et l’inspection du travail met explicitement l’accent sur l’ergonomie en 2026. Le sujet gagne donc nettement en importance, et l’exosquelette apparaît pour beaucoup d’entreprises comme une évolution technologique séduisante.

Ce qu’un exosquelette résout réellement

Les exosquelettes réduisent réellement certaines contraintes biomécaniques. Les études montrent une réduction :

  • de l’activité musculaire lombaire lors des tâches de levage ou de flexion répétée ;
  • de la sollicitation des épaules lors des travaux bras levés ;
  • de la fatigue musculaire perçue ;
  • de certaines contraintes articulaires.

Les chiffres de la recherche scientifique sont convaincants en ce qui concerne la charge musculaire. Pour un exosquelette de dos, la sollicitation des muscles lombaires diminue en moyenne de 10 à 40% pour les modèles passifs, et de 30 à 60% (parfois jusqu’à 80%) pour les exosquelettes actifs et motorisés. Cette diminution s’accompagne d’une pression plus faible sur les disques intervertébraux du bas du dos. Des recherches récentes de 2026 confirment cette tendance : une réduction de la charge musculaire pouvant atteindre 40% lors de mouvements de levage répétitifs est réaliste, aussi bien pour les exosquelettes que pour les robots collaboratifs.

Cela explique pourquoi de grandes entreprises franchissent le pas. IKEA utilise désormais des exosquelettes dans plus de 130 magasins à travers le monde, notamment pour soulager les collaborateurs d’entrepôt lors de la manutention manuelle de marchandises.

Les chercheurs insistent néanmoins sur la nécessité d’évaluer l’ensemble de la chaîne biomécanique et pas uniquement la zone protégée.

La preuve de réduction des TMS à long terme reste faible

La majorité des études :

  • sont réalisées en laboratoire ;
  • portent sur quelques heures ou quelques jours ;
  • utilisent des indicateurs intermédiaires (EMG, fatigue, effort perçu).

En revanche, il existe encore peu d’études démontrant :

  • une diminution durable des lombalgies ;
  • une réduction des TMS reconnus ;
  • une baisse de l’absentéisme ;
  • une diminution des accidents à grande échelle. [TMS Nancy 2026]

Le congrès international TMS de Nancy 2026 souligne d’ailleurs que les résultats restent variables et fortement dépendants :

  • de la tâche réalisée ;
  • de la formation ;
  • de la durée d’utilisation ;
  • de l’adéquation entre l’exosquelette et le poste de travail.

Ce qu’un exosquelette ne résout pas

Les TMS ne sont pas uniquement causés par la force. La répétition des mouvements, la durée d’une posture et la position des articulations jouent également un rôle. Un exosquelette réduit surtout la composante « force ». Une personne qui répète le même mouvement du poignet toute la journée, par exemple sur un clavier, peut toujours développer une tendinite, même si la force utilisée est minime.

De nouveaux points d’attention apparaissent également. Un exosquelette de dos soulage les muscles dorsaux, mais sollicite en même temps davantage les muscles abdominaux dès que l’on se penche en avant. Pour un exosquelette d’épaule, d’autres muscles, comme le triceps, doivent parfois travailler encore plus dur. Certaines recherches signalent aussi une sollicitation accrue des chevilles et du bas du dos avec certains modèles. Autrement dit, l’appareil déplace une partie de la charge, il ne la fait pas simplement disparaître.

Une étude de terrain danoise récente menée auprès de maçons, publiée en 2026, montre en outre qu’un exosquelette ne convient pas à tous les métiers. La maçonnerie exige des mouvements tridimensionnels constamment variables, ce qui entre en conflit avec la structure rigide de l’appareil. Le poids, le confort et le risque de frottement ou d’irritation cutanée restent par ailleurs des plaintes fréquentes chez les utilisateurs.

Des effets moins visibles entrent également en jeu. Un exosquelette exige une attention constante : une collision avec une étagère ou un collègue endommage non seulement l’appareil, mais peut aussi blesser quelqu’un. Et le réflexe de soulever correctement par soi-même peut s’affaiblir à mesure que l’on s’habitue au soutien de l’appareil.

La littérature s’accorde à dire que les exosquelettes fonctionnent mal dans les tâches très variables

Les meilleurs résultats sont observés pour :

  • le travail bras levés ;
  • le picking répétitif ;
  • le levage de charges ;
  • certaines tâches de manutention.

Les performances sont moins convaincantes lorsque :

  • les mouvements sont très variés ;
  • les déplacements sont fréquents ;
  • le travail exige beaucoup d’agilité ou de changements de posture

De quoi dépend la réussite ?

Une vaste revue systématique publiée en 2026, menée par des chercheurs de l’université de Groningue, a recensé 70 facteurs qui favorisent l’utilisation d’un exosquelette, et 67 qui la freinent. Le confort, la facilité d’utilisation, la sécurité et un effet perceptible sur la fatigue donnent envie aux travailleurs de porter l’appareil. Le poids, le coût, la liberté de mouvement limitée et une inadéquation avec la tâche jouent, eux, en sa défaveur. Un constat se dégage clairement : les personnes qui peuvent d’abord essayer l’appareil rencontrent ensuite nettement moins de réticences. La formation et la période d’adaptation pèsent donc au moins autant que la qualité technique de l’appareil lui-même.

Avant d’acquérir un exosquelette, il est donc utile de suivre les étapes suivantes :

  • Analysez d’abord le poste de travail et son activité : quelle tâche génère la charge, et la source du problème peut-elle être traitée autrement ?
  • Déterminez le type souhaité : actif ou passif, pour le dos, les épaules ou les membres inférieurs.
  • Faites tester l’appareil par les travailleurs eux-mêmes, d’abord en dehors, puis dans la situation de travail réelle.
  • Prévoyez une formation et une période d’adaptation, et associez les utilisateurs dès le départ.
  • Évaluez régulièrement, y compris plusieurs mois après l’introduction, et ajustez si nécessaire.

Ce que les ergonomes défendent aujourd'hui

La position dominante aujourd’hui est : “Adapter le travail reste préférable à adapter l’humain.”

Les exosquelettes ne devraient pas remplacer :

  • l’amélioration du poste ;
  • l’aide à la manutention ;
  • la mécanisation ;
  • l’organisation du travail.

Ils sont plutôt considérés comme un outil complémentaire lorsque les autres mesures n’ont pas permis de supprimer totalement l’exposition.

Pas de solution miracle, mais un outil précieux

Un exosquelette peut réellement faire la différence pour les tâches lourdes et exigeantes en force, comme le levage et le port de charges. Ce n’est pas une solution miracle contre les TMS, et certainement pas un substitut à une analyse ergonomique approfondie du poste de travail. Toute entreprise qui envisage cet outil a donc intérêt à vérifier d’abord si la source du problème ne peut pas être mieux traitée, avant de choisir un soutien complémentaire.

Les exosquelettes constituent aujourd’hui un outil de prévention prometteur pour certaines situations de travail physiquement contraignantes. Ils peuvent réduire significativement la charge biomécanique et la fatigue lorsqu’ils sont adaptés à la tâche. Toutefois, ils ne remplacent ni une analyse ergonomique du travail ni les mesures de prévention classiques. Oui pour réduire une exposition biomécanique ciblée, non comme solution unique de prévention des TMS.

Vous vous demandez si un exosquelette convient à votre entreprise ? Les ergonomes de Cohezio analysent vos postes de travail et vous accompagnent dans le choix et la mise en œuvre d’aides physiques.

Découvrez les conseils de Cohezio pour soulever les charges de manière ergonomique

Marie Koziol

Principal Expert Technical Risk Management & Conseiller en Prévention Ergonome

Sources

  • van Laar et al., Journal of Occupational Rehabilitation (2026)
  • Shakerian, Health Science Reports (2026)
  • Brandt et al., Applied Ergonomics (2026)
  • EU-OSHA