Anticiper et organiser le travail quand les températures grimpent.
La chaleur n’est pas qu’un inconfort. Elle peut rendre malade, parfois gravement. Chaque été, des travailleurs belges sont victimes d’un coup de chaleur. Beaucoup auraient pu être évités. Voici ce que l’employeur peut mettre en place et ce que le travailleur peut faire lui-même.
En Belgique, une vague de chaleur, c’est au moins cinq jours consécutifs où il fait 25°C ou plus, dont trois jours à 30°C ou plus. L’Institut Royal de Météorologie (IRM) suit cela de près. Il publie chaque jour un avertissement en quatre couleurs : vert, jaune, orange, rouge. Plus la couleur est foncée, plus le risque est élevé. Ces alertes sont disponibles sur le site de l’IRM. Quand une alerte jaune ou orange est annoncée, c’est le bon moment pour agir, pas le lendemain.
Le meilleur moment pour préparer un plan canicule, c’est quand il fait encore frais. Quand les thermomètres grimpent, il est trop tard pour négocier sereinement. Un bon plan répond à trois questions simples :
Ce plan se construit avec les travailleurs ou leurs représentants. Il peut être soumis pour avis au médecin du travail. Une fois validé, il fait partie du plan global de prévention de l’entreprise.
Retrouver le plan canicule proposé par Cohezio sur Cohezio4U
Le Code du bien-être au travail (Livre V) est clair : l’employeur doit analyser les risques liés aux ambiances thermiques sur le lieu de travail. Cela couvre la chaleur, mais aussi le froid et aussi bien l’origine climatique que technologique. Cette obligation vaut toute l’année, pas seulement en été.
Sur base de cette analyse, l’employeur détermine les mesures de prévention adaptées à chaque situation de travail. En pratique, cela veut dire que chaque employeur dont les travailleurs sont impacté par la chaleur d’origine climatique doit avoir un plan de gestion des périodes de fortes chaleurs. Ce plan décrit ce qui se passe quand si on annonce une période de fortes chaleurs (avertissement IRM) : qui fait quoi, quelles mesures s’appliquent, pour quels postes.
Un détail important : la Code parle d’un indice appelé WBGT (Wet Bulb Globe Temperature). Ce n’est pas la température de l’air. C’est un calcul qui tient compte de l’humidité, du rayonnement solaire et de la vitesse du vent. Dans un bureau, même par forte chaleur, cet indice reste généralement sous les seuils légaux. Le risque réel se trouve ailleurs : en extérieur, dans les cuisines, sur les chantiers.
La chaleur ne touche pas tous les travailleurs de la même façon. Cela dépend de l’endroit où l’on travaille et de l’effort physique que le travail demande. Quelques exemples :
Au bureau
Le risque vital est faible. Mais la chaleur nuit à la concentration. À partir de 28°C dans la pièce, on fait plus d’erreurs. On est moins efficace.
Ce que l’employeur peut faire : baisser les stores extérieurs avant que le soleil frappe les fenêtres, les stores intérieurs ne servent à rien, la chaleur est déjà entrée. Éteindre les appareils électriques inutilisés. Décaler les horaires si possible pour éviter le pic de chaleur de l’après-midi. Transformer temporairement une salle climatisée en espace de travail commun.
Ce que le travailleur peut faire : boire régulièrement, sans attendre d’avoir soif. Un verre toutes les 15 à 20 minutes, soit environ 3 litres par jour. Manger léger le midi. Éviter l’alcool, même le soir, car cela perturbe la récupération nocturne.
Sur un chantier, dans les espaces verts, à l’extérieur
C’est là que le danger est le plus grand. Chaleur du soleil, effort physique, peu d’ombre : la combinaison peut mener au coup de chaleur en quelques heures.
Ce que l’employeur doit faire ?
Exemple concret : une équipe de paveurs travaille de 6h à 14h au lieu de 8h à 16h. Les travaux d’asphalte sont concentrés tôt le matin. Chaque ouvrier a une bouteille d’eau personnelle, renouvelée sur place.
Dans une cuisine, une buanderie, un atelier de soudage
Ces environnements sont déjà chauds toute l’année. En été, la chaleur extérieure s’ajoute. Le risque augmente encore. L’employeur doit prévoir des pauses plus fréquentes et un local de repos vraiment frais, pas un couloir surchauffé. Il doit alterner les postes pour que personne ne reste trop longtemps près d’une source de chaleur.
Exemple concret : dans une cuisine de collectivité, les fours et les plaques de cuisson sont utilisés uniquement le matin. L’après-midi, on privilégie les préparations froides. Un frigo avec des boissons est accessible librement à tout moment.
Le coup de chaleur est une urgence médicale. Sans intervention rapide, il peut être fatal. Les signes à reconnaître : fatigue soudaine et intense, crampes, nausées, vertiges, peau sèche et chaude, confusion, irritabilité sans raison. Un collègue qui semble désorienté ou euphorique sans explication, c’est un signal d’alarme.
Ce qu’il faut faire immédiatement :
Travailler en binôme par forte chaleur n’est pas une mesure de confort. C’est ce qui permet de repérer ces signes à temps.
Les conseillers en prévention de Cohezio accompagnent les entreprises dans l’élaboration de plans canicule adaptés à leur réalité ou concernant les analyses de risques ambiances thermiques.
Article rédigé en collaboration avec Marie Koziol, Principal Expert Technical Risk Management chez Cohezio