back-arrow 17 September 2026

Incivilités, micro-agressions, harcèlement, où commence le problème ?

Un mail sec envoyé un dimanche soir. Une remarque qui revient toujours vers la même personne. Un silence qui s’installe après une réflexion déplacée. Pris isolément, ces gestes semblent mineurs. Répétés, ils épuisent, isolent et finissent par coûter cher aux organisations.

En Belgique, prévenir ces comportements n’est pas une option pour l’employeur : c’est une obligation légale.

Des incivilités au harcèlement : un même continuum

Les comportements inappropriés au travail surgissent rarement d’un coup. Ils s’installent souvent progressivement, depuis de simples incivilités jusqu’au harcèlement avéré.

Une remarque déplacée, un manque de courtoisie, un ton sec en réunion : pris seuls, ces comportements paraissent anodins. Répétés, ils dégradent le climat de travail et l’engagement des équipes. Depuis la généralisation du télétravail, une nouvelle forme s’est ajoutée à la liste : l’incivilité numérique. Un message abrupt, une réponse impersonnelle ou un ton cassant dans un e-mail ou un chat professionnel peuvent générer autant de tension qu’un échange en face à face, avec un risque accru d’épuisement professionnel.

Les micro-agressions vont un cran plus loin. Souvent involontaires, elles véhiculent malgré tout des stéréotypes ou des préjugés. Une blague sur l’accent de quelqu’un, une remarque sur l’âge ou l’origine : formulée une seule fois, la remarque passe presque inaperçue. Répétée, elle génère une charge mentale durable.

La loi belge distingue ensuite des situations plus graves. La violence au travail couvre toute agression ou menace physique ou psychique, même isolée. Le harcèlement moral désigne un ensemble de conduites abusives et répétées qui portent atteinte à la dignité d’une personne ; l’intention de son auteur n’entre pas en compte. Le harcèlement sexuel, enfin, couvre tout comportement non désiré à connotation sexuelle qui crée un environnement hostile ou humiliant ; un seul acte peut suffire à le caractériser.

Une obligation légale, pas une option

Ces situations relèvent des risques psychosociaux (RPS), soit la probabilité qu’un travailleur subisse un dommage psychique ou physique lié à son travail, à son organisation ou à ses relations professionnelles.

Le Code du bien-être au travail impose à l’employeur de mettre en place un système dynamique de gestion de ces risques : les identifier, les prévenir et les réduire en continu. Cette prévention ne peut pas rester un document isolé dans un tiroir, elle doit s’intégrer à la politique globale de bien-être de l’organisation.

Qui peut vous aider ?

Plusieurs acteurs interviennent à des niveaux différents.

  • La personne de confiance : premier point de contact informel. Elle écoute, oriente et cherche des solutions dans un cadre confidentiel.
  • Le Conseiller en Prévention Aspects Psychosociaux (CPAP) : intervient dans les démarches plus formelles. Il analyse les situations et formule des recommandations à l’employeur.
  • Le SIPPT (service interne) et le SEPPT (service externe) : accompagnent l’employeur, en particulier dans les situations complexes.

Prévenir concrètement : trois niveaux d'action

La prévention est plus efficace quand elle combine trois niveaux, chacun avec ses actions individuelles et collectives.

Avant que le problème n'apparaisse (prévention primaire)
  • Sensibiliser les équipes aux incivilités, aux micro-agressions et au harcèlement, y compris dans les échanges numériques
  • Formaliser les comportements attendus dans une charte ou le règlement de travail
  • Former les managers à un leadership inclusif et à une tolérance zéro face aux dérives
  • Communiquer clairement sur les personnes-ressources disponibles
Dès les premiers signaux (prévention secondaire)
  • Former les travailleurs à réagir tôt : exprimer un inconfort, solliciter un soutien interne
  • Mettre en place des canaux de signalement accessibles et confidentiels
  • Organiser des moments d’échange réguliers sur le climat de travail
  • Utiliser des enquêtes de climat social pour repérer les tendances problématiques
Quand une situation est avérée (prévention tertiaire)
  • Accompagner les personnes impliquées (victimes, auteurs ou témoins) via un soutien psychologique ou la personne de confiance
  • Appliquer des procédures de plainte claires et des mesures correctrices cohérentes
  • Tirer les leçons de chaque situation pour adapter les politiques internes
  • Réaffirmer, en interne, les valeurs de respect et la tolérance zéro

Ne rien banaliser

Les incivilités, micro-agressions et formes de harcèlement ne se règlent pas d’elles-mêmes. Une politique de tolérance zéro, appuyée sur un cadre légal clair et une culture organisationnelle cohérente, reste le meilleur levier pour favoriser un environnement de travail sain. Encourager la parole, dès les premiers signaux, est souvent ce qui fait la différence.

Vous souhaitez évaluer vos procédures internes ou former vos personnes de confiance ? Nos conseillers en prévention aspects psychosociaux peuvent vous accompagner.

Zélie Kowalikowski

Conseillère en Prévention Aspects Psychosociaux

Sources

  • Baumann, C., Favaro, G., & Marc, V. (2019). Prévention des risques psychosociaux en entreprise : approche systémique. Éditions professionnelles.
  • Delvaux, E., et al. (2007). Les dynamiques de harcèlement en milieu de travail. Université de recherche en sciences sociales.
  • Dupré, D. (2017). Les incivilités par messagerie électronique en milieu de travail : un tour d’horizon des recherches actuelles. Revue française des sciences de l’information et de la communication, n°11.
  • Feitosa, J., et al. (2025). Incivilités, bien-être et climat organisationnel à l’ère du travail hybride. Revue internationale de psychologie du travail.
  • Goulidehy, M. (2024). Risques psychosociaux et comportements inappropriés au travail. Presses universitaires.
  • Hernández, R., & Villodas, M. (2020). Workplace behavior and employee mental health: A systematic review. Journal of Occupational Health Psychology, 25(3), 145–160.
  • Junça-Silva, A., & Ferreira, P. (2025). Microaggressions and employee well-being: A workplace analysis. International Journal of Human Resource Studies, 15(1), 22–39.
  • Loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de l’exécution de leur travail. Moniteur belge.
  • Priya, S., & Sreejith, K. (2024). Workplace harassment and organizational climate: Impacts on engagement. Human Resource Development Review, 23(2), 98–115.
  • Salari, N., et al. (2024). Workplace violence and mental health outcomes: A meta-analysis. BMC Public Health, 24, 112–130.
  • Sue, D. W., et al. (2007). Racial microaggressions in everyday life: Implications for clinical practice. American Psychologist, 62(4), 271–286.
  • Vademecum de diagnostic des risques psychosociaux au travail. (2007). Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale.
  • Code du bien-être au travail. (2017). Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, Belgique.