back-arrow 28 September 2026

Santé mentale : Pourquoi le contact humain l’emporte toujours sur l’algorithme (IA)

Le 10 octobre, la Journée mondiale de la santé mentale – une initiative de la World Federation for Mental Health (WFMH) – invite le monde entier à se mobiliser pour la santé mentale. L’an dernier, les services de prévention belges ont traité près de 25 000 dossiers psychosociaux, soit une augmentation de 3,5 % par rapport à l’année précédente. Parallèlement, l’IA s’invite sur le lieu de travail. Et si elle offre de nouvelles opportunités, elle présente également de nouveaux risques pour le bien-être mental.

Chez Cohezio, votre service externe de prévention et de protection au travail, nous profitons de cette journée pour revenir sur ces chiffres et anticiper ce nouveau défi qui touche le monde du travail.

Quelques chiffres de Co-Prev, l’organisation faîtière des dix services externes de prévention belges

L’attention portée à la santé mentale au travail est et reste un thème majeur. Fin juin 2026, Co-Prev, l’organisation faîtière qui représente les dix services externes de prévention et de protection au travail belges, a publié les chiffres de l’ensemble de ses membres, dont Cohezio, concernant les risques psychosociaux au travail.

Il en ressort que les conseillers en prévention aspects psychosociaux de tous les services de prévention ont traité au total 24 669 dossiers en 2025, ce qui représente une hausse de 3,5 % par rapport à 2024. Selon Co-Prev, cette augmentation du nombre de dossiers reflète une plus grande sensibilisation aux risques psychosociaux au sein des organisations, ainsi qu’une attention sociétale croissante portée à des thématiques psychosociales telles que le respect, l’inclusivité et la sécurité psychologique au travail. Ces chiffres montrent également que les travailleurs confrontés à des difficultés psychosociales au travail sont de plus en plus enclins à solliciter un accompagnement professionnel.

Les problématiques pour lesquelles les travailleurs se tournent vers les conseillers en prévention aspects psychosociaux sont très variées. Ainsi, 14 392 travailleurs ont sollicité de l’aide pour des situations de conflit ou de harcèlement moral, 5 464 ont demandé un accompagnement pour des problèmes liés au stress ou au burn-out, et 125 demandes concernaient une consommation d’alcool ou de drogues ayant un impact sur le travail. Une nouvelle thématique viendra-t-elle bientôt s’ajouter à cette liste?

L’IA et le bien-être mental au travail : un nouveau défi, mais aussi une solution ?

L’intelligence artificielle conquiert le lieu de travail à un rythme effréné. Elle aide les collaborateurs à traiter les informations plus rapidement, à rédiger des textes, à réaliser des analyses et à automatiser les tâches répétitives. Pourtant, force est de constater l’émergence croissante de signaux indiquant que l’interaction continue avec l’IA apporte également son lot de nouveaux défis psychosociaux. Dans plusieurs témoignages récents, des travailleurs évoquent un sentiment de surcharge mentale, une fatigue cognitive et une pression permanente pour travailler toujours plus vite et gagner en productivité grâce à l’IA. Certains auteurs parlent même d’un nouveau phénomène : le burn-out lié à l’IA.

Bien que l’IA soit souvent présentée comme un outil qui simplifie le travail, elle peut également soumettre notre cerveau à un flux constant d’informations et de décisions. Les collaborateurs doivent vérifier, corriger et interpréter les résultats générés par l’IA, tout en continuant à mobiliser leur propre expertise. Cette situation peut accentuer l’épuisement mental, en particulier lorsque les organisations accordent une attention insuffisante à l’impact humain de cette évolution technologique.

Parallèlement, l’IA offre également des opportunités intéressantes en matière de prévention des risques psychosociaux. Selon un récent document de discussion de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), les applications d’IA peuvent contribuer à un environnement de travail plus sûr et plus sain en détectant les risques plus rapidement, en surveillant les expositions et en soutenant mieux les actions de prévention. Des systèmes intelligents peuvent, par exemple, aider à identifier les signes de surcharge, à analyser les données relatives au bien-être ou à soutenir les conseillers en prévention dans leur collecte d’informations. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle souligne toutefois que la sécurité et le bien-être doivent rester des priorités, et que les applications d’IA ne peuvent en aucun cas devenir des instruments de contrôle permanent ou de surveillance des travailleurs.

Il s’agit précisément là d’un enjeu majeur pour l’avenir du bien-être psychosocial au travail. Quelle que soit l’intelligence de la technologie, l’accompagnement humain reste essentiel.

Le thème de cette année : à l’écoute des vécus

Chaque année, les parties prenantes de la WFMH votent pour définir une thématique, publiée ensuite par l’organisation. Pour 2026, le thème s’intitule « Lived experiences heard: real voices, real change » (que l’on peut traduire librement par « Des vécus entendus : de vraies voix, un vrai changement »).

Une véritable transformation en matière de bien-être psychosocial au travail commence par la libération de la parole autour des défis vécus par chacune et chacun. Écouter ces vécus va bien au-delà d’un simple acte d’empathie : c’est le catalyseur indispensable pour mener une politique porteuse de sens, lutter contre la stigmatisation et construire une politique de prévention réellement inclusive, axée sur l’autonomisation (empowerment) et la résilience.

Un algorithme peut détecter des signaux, mais il ne peut pas instaurer une relation de confiance, saisir les nuances ni percevoir les émotions comme le ferait un être humain. Lorsque les collaborateurs sont confrontés au stress, à des conflits, à des faits de harcèlement moral ou sexuel ou à une vulnérabilité psychique, l’échange humain reste souvent l’étape essentielle vers le rétablissement et le soutien.

C’est précisément là que résident la pratique quotidienne et la mission de nos conseillers en prévention aspects psychosociaux, qui œuvrent chaque jour, avec discrétion, au bien-être au travail.

Ce que disent les chiffres sur le contact personnel

Les chiffres le démontrent également : 59 % des dossiers de l’ensemble des services externes de prévention ont pu être clôturés après un seul entretien. Cette prise en charge initiale met l’accent sur un accueil chaleureux, une écoute attentive, la reconnaissance des émotions ainsi que des conseils visant à renforcer la résilience de la personne.

Au total, 95 % de l’ensemble des dossiers ont été traités de manière informelle, c’est-à-dire par le biais d’un seul entretien, de quelques entretiens de soutien, d’une discussion avec un tiers au sein de l’organisation, ou encore d’une médiation accompagnée entre plusieurs parties. L’approche informelle est donc privilégiée par rapport à la procédure formelle : elle permet de réagir rapidement et d’agir avec flexibilité, en fonction de la situation.

Le défi pour les organisations ne consiste pas à choisir entre l’humain et la technologie, mais à combiner les deux de manière réfléchie. L’IA peut renforcer la prévention, mais le bien-être mental exige en fin de compte ce qu’aucun algorithme ne pourra jamais totalement remplacer : une attention humaine sincère et, dans certains cas, des conseils professionnels.

Avez-vous, ou l’un de vos collaborateurs, besoin d’un entretien d’accompagnement psychosocial ? N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec l’un de nos conseillers en prévention aspects psychosociaux via fos@cohezio.be ou au +32 2 533 74 44.

Vous souhaitez continuer à développer le bien-être psychosocial au sein de votre organisation ? Chez băo academy, notre centre de formation et de coaching, vous trouverez une large offre de formations et de coachings axés sur la santé psychosociale au travail.

Carelle Bondroit

Process manager – Psychosocial Risk Management

Sources

  • Communiqué de presse de Co-Prev, 30 juin 2026
  • « 25.000 demandes d’aide psychosociale au travail en 2025 : un record en Belgique » – co-prev.be
  • World Federation for Mental Health
  • « L’IA a explosé mon cerveau : le nouveau burn-out lié à l’IA »
  • EU-OSHA, document de discussion sur les systèmes d’IA, la santé et la sécurité au travail, et le règlement sur l’intelligence artificielle