back-arrow 23 September 2026

De plus en plus de malades de longue durée retrouvent le chemin de l’emploi

Le retour à temps partiel constitue une voie très efficace pour le retour des malades au travail. Les chiffres des mutuelles recueillis par L’Echo montrent que la hausse se poursuit.

Les malades qui retrouvent progressivement le chemin du travail sont de plus en plus nombreux. De nouveaux chiffres obtenus par L’Echo auprès des principales mutualités le confirment.

Entre 2019 et mai 2026, la proportion de nouvelles reprises à temps partiel est passée de 9% à 15% chez les personnes en incapacité depuis moins d’un an et de 18,4% à 26,2% chez les personnes en incapacité de longue durée, indiquent les Mutualités Libres.

La Mutualité chrétienne constate la même évolution positive. Début 2023, 18% de ses affiliés en incapacité avaient reçu l’autorisation de travailler, ils étaient 21% en août dernier. Chez Solidaris, les derniers chiffres montrent depuis le début de l’année une progression de 2,8% par rapport à la même période l’an passé.

Selon les chiffres de l’Inami, entre 2019 et 2024 (statistiques les plus récentes), le nombre d’employés en incapacité primaire (moins d’un an) et en invalidité qui ont repris partiellement le travail a augmenté de 53%.

45% de réussite

Fin 2024, 106.000 personnes bénéficiaient d’une autorisation de travail du médecin de la mutuelle.

L’évolution la plus spectaculaire concerne les travailleurs âgés: chez les 60 ans et plus, les reprises à temps partiel ont augmenté de 209,63%, chez les 55-59 ans de 119,64%. Parmi les 570.000 malades de longue durée recensés cette année-là, une sur cinq travaillait à temps partiel.

Ces dernières années, une batterie de mesures a été mise en œuvre pour favoriser le retour au travail des malades. Il s’agit notamment d’inciter les différents acteurs concernés (malades, médecins, employeur) à entrer en contact le plus rapidement possible afin d’initier une perspective de reprise.

Les études montrent en effet que le potentiel de retour à l’emploi diminue très fortement après trois mois et six mois. La reprise à temps partiel, elle, est un moyen très efficace de sortir de l’incapacité. En 2023, près d’une personne sur deux a repris à temps plein (45%), indique l’Inami. Ce taux atteint même 65% chez les Mutualités Libres.

Depuis le début de l’année 2026, la loi impose aux entreprises de plus de 20 travailleurs de demander à leur service de prévention d’évaluer via un questionnaire le potentiel de retour au travail d’une personne en incapacité depuis au moins huit semaines.

« 52% des dossiers considérés comme négatifs sur base du questionnaire formalisé présentent un potentiel positif de retour au travail après un entretien téléphonique, selon une enquête de Cohezio. »

Évaluer le potentiel de retour

Mais un simple questionnaire suffit-il? Cohezio, premier service de prévention en Belgique francophone, estime qu’un contact direct avec la personne est bien plus efficace.

Sur les 6.700 demandes traitées par ses services depuis mars 2026, le questionnaire standardisé a identifié un potentiel positif dans 15% des cas. Tandis que ce taux a atteint 46% lors de l’appel téléphonique.

« Ces résultats ne signifient pas que davantage de travailleurs reprennent effectivement leur activité. Ils montrent en revanche qu’une partie importante d’entre eux conserve des perspectives de retour au travail qui n’apparaissent pas toujours dans un questionnaire », explique Evelyne Kerger, médecin du travail et directrice de Cohezio.

C’est un premier contact, destiné à ouvrir l’esprit sur les possibilités existantes. Pour Evelyne Kerger, « un seul appel peut tout changer. Un questionnaire est perçu comme un contrôle, tandis qu’un contact humain permet un échange, de créer de la confiance et d’ouvrir des perspectives sur base de la situation exacte de la personne ».

À tel point que 52% des dossiers considérés comme négatifs sur base du questionnaire présentent un potentiel positif après l’entretien.

Mais le dispositif est gourmand en main-d’œuvre, reconnaît la directrice de Cohezio, or il y a une pénurie de médecins du travail. Elle dit attendre beaucoup de l’arrêté royal que prépare le ministre de l’Emploi David Clarinval (MR) et qui pourrait permettre au personnel infirmier d’exécuter une série d’examens périodiques à la place du médecin du travail.

Inciter les employeurs

« On constate que cela fait du bien aux gens, ils franchissent un cap pour reprendre contact avec leur employeur », estime Liesbet Everaert, manager de StartPeople Services, entreprise qui emploie 1.200 aide-ménagères.

« C’est un métier dans lequel il est difficile d’aménager le poste de travail. Mais il est possible d’aménager les horaires. Tout le monde peut avoir la malchance de tomber malade, en tant qu’employeur, j’estime que notre responsabilité est de suivre un maximum nos employés. »

Depuis septembre, les entreprises doivent prendre en charge une partie (30%) des indemnités pour les 2ᵉ et 3ᵉ mois d’incapacité. Dès janvier, ce sera le cas également pour les deux mois suivants. De quoi les inciter à réintégrer au plus vite les malades qui peuvent l’être.

Insuffisant, estime cependant Xavier Brenez, CEO des Mutualités Libres:

« On ne parviendra jamais à stabiliser le nombre de malades et à économiser 2 milliards d’euros sans mesures supplémentaires. »

Sa suggestion:

« Un bon deal pour les employeurs pourrait être d’obtenir une baisse de cotisations en échange d’une plus grande responsabilité par rapport aux incapacités de travail et aux reprises à temps partiel. »

Article publié dans L’Echo du 19 septembre 2026, écrit par journaliste Corentin Di Prima