Comment gérer une vague de chaleur en entreprise afin d’en limiter l’impact sur les travailleurs et l’organisation ?
Publication 22 juin 2020

Comment gérer une vague de chaleur en entreprise afin d’en limiter l’impact sur les travailleurs et l’organisation ?

Depuis maintenant deux années consécutives, la Belgique connait durant l’été des épisodes caniculaires qui mettent à mal les conditions de travail. Il n’est pas impossible que cette année 2020 fasse exception. Anticiper ces vagues de chaleur au travail, c’est donner toutes les chances à votre entreprise de limiter des répercussions fâcheuses.

La meilleure façon de se protéger des conséquences d’une vague de chaleur au travail, c’est d’anticiper. La sécurité commence en effet dès l’étape de la prévention. Aux premières prévisions météorologiques, pensez directement à sensibiliser vos collaborateurs avec les règles suivantes :

  • Rappelez leur de boire, suffisamment et régulièrement.

Comment savoir si on est suffisamment hydraté ?
Par la couleur des urines : si elles sont jaune foncé, c’est que la personne ne boit pas assez (risque de déshydratation et évanouissement).  Si au contraire, les urines sont “hyperclaires” comme de l’eau, la personne boit trop et risque alors une perte de sel (appelée hyponatrémie) avec notamment risque de crampes musculaires ou même évanouissement

  • Conseillez-les de s’habiller avec des vêtements légers qui permettent l’évaporation de la sueur, par exemple avec des vêtements en coton, amples et de couleur claire s’ils travaillent à l’extérieur.
  • La tête doit être absolument protégée du soleil si le travailleur est à l’extérieur.
  • Encouragez-les à prévoir des repas légers et fractionnés.
  • Demandez-leur de redoubler de prudence s’ils ont des antécédents médicaux et s’ils prennent des médicaments.
  • Prohibez toute consommation de boissons alcoolisées.
  • Demandez-leur de cesser toute activité dès que les premiers symptômes de malaise se font sentir et qu’ils préviennent les collègues d’appeler un médecin s’ils le souhaitent.

En tant qu’employeur, vous pouvez également prévoir une réorganisation temporaire du travail, le temps de la canicule avec les mesures suivantes :

  • adaptez le rythme du travail selon la tolérance à la chaleur de chacun et organisez le travail de façon à réduire la cadence ;
  • assurez-vous également qu’il y ait une rotation des tâches avec des postes moins exposés ;
  • dans la mesure du possible, réduisez ou différez les efforts physiques intenses et reportez les tâches ardues au heures les plus fraîches de la journée ;
  • allégez la charge de travail par des cycles courts de travail – repos ;
  • mettez à la disposition de vos collaborateurs des aides mécaniques à la manutention (diable, chariots, appareils de levage, etc.) ;
  • organisez le travail par groupe, de telle sorte qu’il y ait une surveillance mutuelle des travailleurs.


Premiers secours d’un coup de chaleur

Malgré toutes les précautions, il se peut qu’un collaborateur soit victime d’un coup de chaleur. Bien que les symptômes varient d’une personne à l’autre, il est toutefois possible de repérer quelques signes qui doivent vous alerter : grande fatigue soudaine, crampes, nausées, étourdissements, vertiges, hyperthermie, peau sèche et chaude, somnolence. Si un collègue semble désorienté, confus ou même euphorique, qu’il est inexplicablement irrité ou qu’il éprouve des symptômes pseudo-grippaux, emmenez-le immédiatement dans un endroit sombre et frais et incitez-le à consulter un médecin. Dans ce genre de situation, si vous disposez d’un thermomètre qui affiche une  température corporelle qui risque de dépasser 40°, il s’agit d’une urgence médicale.

  • Alertez immédiatement les secours
  • Amenez la victime dans un endroit frais, sombre et bien aéré
  • Déshabillez la victime ou desserrez ses vêtements
  • Rafraichissez la victime avec de l’eau pour faire baisser sa température corporelle, l’arroser ou lui appliquer sur la plus grande surface corporelle (incluant la tête et la nuque), des serviettes mouillées.
  • Si la victime est consciente, lui faire boire de l’eau fraiche par petites quantités.
  • Si la victimes est inconsciente, la mettre en position latérale de sécurité en attendant les secours après mise en route des premières mesures de secourisme.

En période de pandémie, ces premiers gestes de secourisme doivent être réalisés avec précaution. Ces mesures de sécurités sont reprises sur l’affiche « Secourisme au travail et COVID-19 » qu’il vous est possible de télécharger gratuitement ou de commander via notre catalogue de sensibilisation.


Du point de vue de la législation

Le titre 1er du livre V du Code du bien-être au travail est la législation de référence en matière d’ambiances thermiques sur les lieux de travail. Cet article stipule que l’employeur réalise une analyse des risques des ambiances thermiques sur les lieux de travail, que celles-ci soient d’origine technologique ou climatique. Cette analyse de risque doit tenir compte des variations saisonnières, y compris donc les vagues de chaleur. Sur base de cette analyse de risques, l’employeur détermine les mesures de prévention adéquates. Pour l’exposition au chaud, la législation détermine des valeurs exprimées sous la forme de l’indice W.B.G.T. (Wet Bulb Globe Temperature).


Quelles mesures pour le travail de bureau ?

Mesurer un indice W.B.G.T. dans une zone de bureaux, même en période de canicule, n’a aucun sens car le résultat se situera bien en deçà des valeurs légales. Il n’est donc pas utile de procéder à des mesurages puisque de toute façon, le constat sera le suivant : il faut chaud !

Pour toutefois objectiver le phénomène de chaleur, nous vous conseillons de vous référencer aux informations fournies par l’I.R.M en temps réel mais aussi sur les 4 journées à venir. Selon ce qui aura été décidé dans votre entreprise, décision qui de préférence résulte d’une négociation entre la ligne hiérarchique et des représentants du personnel, vous pouvez déclencher le « plan canicule » lorsque l’I.R.M annonce des journées « jaunes », « oranges » ou « rouges ». La mise en place des mesures de prévention peut également être progressive en fonction des niveaux annoncés.

Ces mesures de prévention peuvent être de différents types :

  • Mesures organisationnelles (ex. : horaire d’été, rotation des tâches, évitement du travail isolé, etc.) ;
  • Mesures techniques (adaptation des vêtements de travail, etc.) ;
  • Mesures relatives aux premiers secours (ex. : établir une procédure de raccompagnement au domicile d’un travailleur souffrant d’un coup de chaleur, mise en place des premiers soins, etc.).

Un exemple de plan de gestion des périodes de fortes chaleurs est présenté ci-dessous. Celui-ci n’est pas exhaustif, certaines mesures peuvent y être ajoutées. Toutes les mesures proposées ne sont pas applicables à toutes les entreprises. Il s’agit de mener une réflexion afin d’adapter au mieux ce plan canicule en fonction des contraintes de chacune des entreprises.


En période de COVID-19, quelles précautions ?

Une étude a démontré que la recirculation d’air vicié est déconseillée. Il est conseillé de ventiler la pièce en l’aérant. Si la chaleur ne le permet pas, une ventilation sur le programme le plus faible est toutefois tolérée mais jamais orienté de personne à personne. Pour plus de précisions à ce sujet, nous vous invitons à consulter l’article Système de ventilation, aération, climatisation et chauffage en temps de covid-19, du Dr Versée, directeur scientifique de Cohezio.

Emmanuel FABIOCCHI,
Conseiller en prévention Ergonome

Valérie NEYSEN,
Communication Officer