Comment traverser la crise ? Analyse et conseils de nos psychologues du travail
Publication 22 février 2021

Comment traverser la crise ? Analyse et conseils de nos psychologues du travail

Face à un changement soudain comme la pandémie du Covid-19 qui s’est déclarée il y a presque un an et a bouleversé nos vies, nous sommes tous amenés à traverser plusieurs phases [1]. Comment les comprendre ? Quelles sont nos ressources ? De quoi avons-nous besoin pour les traverser au mieux ?
 

Quelles sont les phases vécues par rapport à un changement  ?

Nous proposons une grille de lecture qui permet de mieux comprendre les différents types d’impacts que cette crise majeure peut ou a pu générer, en tant que changement soudain et non souhaité, qui s’apparente à un deuil : celui de nos habitudes, de certaines de nos libertés, de notre sécurité (sanitaire, financière,...).

1. Le choc est soudain, inattendu, et provoque une sidération, une perte de repère, en général de courte durée. Pour certains ce choc a été l’annonce de la pandémie mondiale, pour d’autres cela a été l’annonce du 1er confinement.

2. Le déni est une attitude de défense, le refus de croire à la réalité du choc. On se sent comme anesthésié et détaché. On nie la gravité de ce qui se passe, cela permet de ne ressentir aucune émotion.

3. La colère engendre de l’agressivité. Elle peut se tourner vers les autres : ceux qui ne respectent pas les mesures sanitaires, ou au contraire ceux qui les imposent. Cela peut aussi se focaliser sur les personnes proches [2]. Il s’agit d’un mélange d’amertume, de révolte et de sentiment d'injustice. La colère peut aussi se tourner vers soi-même, sous forme de culpabilisation. On se rend compte de la réalité, mais on ne l’accepte pas. On veut la changer tout en se sentant impuissant à la faire.

4. Le marchandage alterne souvent avec la colère, et revient dès qu’une lueur d’espoir renaît, dès que l’on pense que la pandémie se termine, que tout va redevenir « comme avant ». On a envie de croire au miracle (d’une mesure sanitaire, d’un traitement, d’un vaccin, …). Mais quand on constate que finalement le miracle n’a pas lieu, que la propagation du virus et les mesures prises persistent malgré le fait que l’on a respecté les consignes, la colère remplace le marchandage... 

5. La peur de la mort ou de l’avenir est naturelle dans une telle situation. Mais cette peur peut se transformer en anxiété, qui anticipe et amplifie le danger réel. Cela génère alors du stress et peut provoquer des crises d’angoisse, voire un effet nocebo [3]. Certains craignent d’être contaminés par ce virus et d’en mourir, ou de contaminer involontairement leurs proches ou leurs collègues de travail. D’autres craignent davantage de perdre leur emploi, leur sécurité financière.

6. La tristesse provient d’un sentiment de perte. Nous comprenons que nous n’avons pas le contrôle, et on peut ressentir du désespoir par rapport à la situation. Cette étape est marquée par un intense sentiment de solitude, pouvant parfois aller jusqu'à la dépression. Cela peut s’exprimer également par une nostalgie de « la vie d’avant ».

7. L’acceptation de ce qui se passe actuellement permet le lâcher prise par rapport à tout ce que nous ne pouvons pas changer. Cela nous libère et nous permet de nous concentrer sur ce que nous pouvons réellement changer, notre marge de manœuvre personnelle. L’acceptation permet d’appréhender la réalité sans la considérer comme bonne ou mauvaise, juste comme des faits auxquels nous sommes amenés à nous adapter.

8. Le réinvestissement, c’est quand nous pouvons à nouveau faire des projets d’avenir, et que nous avons retrouvé l’énergie de les concrétiser. Nous reprenons confiance en nous et en notre capacité d’action. C’est le processus de résilience.

Nous ne passerons pas tous par l’ensemble de ces phases. Leur durée et leur intensité sont propres à chacun de nous. Quelle phase traversez-vous actuellement ?
 

De quoi avons-nous besoin lors de ces différentes phases ?

1. Exprimer nos émotions est essentiel pour pouvoir en prendre pleinement conscience et ne pas rester dans une émotion qui nous submerge et nous empêche de réfléchir. C’est important quelle que soit l’émotion ressentie. Cette crise sanitaire ainsi que les mesures prises pour la gérer (confinement, couvre-feu, limitation des déplacements, …) nous a confrontés aux quatre enjeux  existentiels à l’origine de nos émotions : la mort, la liberté, l’isolement et l’absence de sens [4].

L’écoute (des proches et/ou de professionnels) permet de comprendre ce que nos émotions nous disent. Qu’est-ce qui nous fait le plus peur dans cette pandémie ? Qu’est-ce qui provoque notre colère ou notre tristesse ? Mettons des mots pour éviter les maux.

2. Nous informer de la manière la plus objective nous ramène à la réalité, et c’est très important surtout quand on se sent anxieux, angoissé. Il est important face à la multitude d’informations contradictoires de se référer à des sites d’information crédibles, à des données chiffrées, documentées, plus qu’à leur interprétation. Les médias présentent souvent les données de manière biaisée ou dramatique. Prenons du recul et ne nous noyons pas dans le flux d’informations continues … Le site de Sciensano [5] présente des données fiables. Cohezio vous propose des explications claires et compréhensibles via son site internet

3. Nous remettre en question est inévitable vu que nos vies ont été bouleversées profondément par cette crise sanitaire. Nous sommes confrontés à notre impuissance face à l’imprévu, contraints d’accepter que nous ne contrôlons pas tout. Cette crise nous questionne par rapport à ce qui est le plus important pour nous. Quel sens donner à ce qui arrive, à notre vie ? Comment intégrer tout ce qui se passe dans notre vision du monde ? Nous pouvons demander de l’aide pour nous accompagner dans ce cheminement, que ce soit à nos proches ou à des professionnels. N’oublions pas que nous avons besoin des autres.

4. Nous remobiliser, nous pouvons y parvenir en élargissant notre point de vue, en nous intéressant à autre chose que simplement au Covid-19 et ses conséquences néfastes, en relativisant. Plusieurs techniques peuvent nous y aider : la méditation, des techniques de relaxation, de respiration, … Les activités physiques contribuent également à notre équilibre. Qu’est-ce qui nous fait plaisir ? Qu’est-ce qui nous mobilise ? Qu’est-ce qui reste possible et ne dépend que de nous ? Quelles sont nos ressources ? Quelles sont les personnes et les activités qui nous font du bien ? Nous pouvons choisir de nous concentrer sur les aspects positifs de notre vie, sans nier les aspects plus difficiles. Nous ne pouvons pas contrôler nos pensées mais nous pouvons en devenir le chef d’orchestre.

5. Nous engager, c’est redevenir acteur de notre vie et nous reprojeter dans l’avenir en sachant que non, ce ne sera plus peut-être plus « comme avant ». Car même si la situation redevient « normale », nous aurons changé. C’est l’occasion de redécouvrir ou développer notre créativité, le plaisir de rendre service aux autres, de nous montrer solidaires. Nous renforçons nos liens sociaux que toutes les mesures « barrières » ont mis à mal, tout en respectant les règles de prudence. Nous redécouvrons le goût du rire, qui est le meilleur antistress. Nous faisons des choix, nous agissons.
 

Vivre avec la COVID-19

Malgré les progrès au niveau médical, que cela soit au niveau de la prévention, du traitement ou de la vaccination, nous devrons encore les prochains mois vivre avec le coronavirus. Nous n’avons aucune certitude quant à la date de fin de cette pandémie, quant à l’avenir qui nous attend, ni quelles seront les prochaines mesures qui seront prises par le gouvernement. Nous voilà contraints à renoncer à la certitude, accepter la part de risque et de changement dans nos vies. Profitons-en pour apprendre à transformer nos peurs en prudence, notre colère en motivation au changement ainsi que notre tristesse en solidarité avec les autres. Comme le dit le philosophe André Comte-Sponville : « évitons que la peur de la mort l’emporte sur l’amour de la vie » …

Catherine Jadoul
Psychologue et Manager du département psychosocial de Cohezio
en collaboration avec Virginie Di Giamberardino
Conseiller en prévention aspects psychosociaux


[1] Cf. le modèle des étapes du deuil d’Elisabeth Kübler Ross qui a été adapté pour décrire un processus de changement

[2] Sciensano a constaté dans ses études une augmentation des violences intrafamiliales depuis le 1er confinement

[3] On développe alors les mêmes symptômes que le Covid-19 tout en n’étant pas porteur du virus.

[4] Selon Irvin David Yalom, professeur émérite en psychiatrie de l’université Stanford